Publié le mercredi 9 juillet 2008

Le sida cause d'irresponsabilité

09 07 2008

Une femme a été condamnée à 12 mois à purger dans la collectivité parce qu’elle a eu une relation sexuelle non protégée avec un homme sans le prévenir de son état. C’est l’homme en question, qui est devenu par la suite son conjoint pendant 4 ans, qui a porté plainte.

Plusieurs femmes de la coalition des organismes communautaires de la lutte contre le sida sont venus appuyer cette femme parce qu’elles la considèrent comme la victime dans cette affaire. Line Pinault la directrice générale de la Coalition a déclaré que « l’acte sexuel est une responsabilité partagée » et que « tant qu’il y aura autant de discrimination envers les séropositifs, on n’est pas obligé » de divulguer son état si « on ne sent pas en confiance » pour le dire. Cette prise de position de l’organisme est incompatible avec l’égalité des droits des partenaires dans une relation sexuelle.

Il faut d’abord savoir que cette prise de position de la coalition s’inscrit dans un débat plus large qui vise à s’opposer à la criminalisation des actes sexuels suite à deux décisions de la Cour suprême qui a décrété que le fait de ne pas dévoiler son statut séropositif lors d’une relation sexuelle équivaut à une fraude viciant le consentement du partenaire. La position de la coalition est que chacun est responsable de sa santé sexuelle et que les porteurs de maladies transmises sexuellement ne devraient pas être tenus de dévoiler leur état dans le cadre d’une relation protégée. Je suis d’accord avec le fait que chacun est responsable de sa santé sexuelle dans le cadre d’une relation où les deux partenaires croient qu’ils ne sont porteurs d’aucune maladie. Mais à partir du moment où on sait qu’on est porteur d’une maladie transmissible, ça me semble immoral de ne pas le dévoiler même si la relation est protégée. Lorsqu’on parle de relation protégée, on fait référence à une relation sans pénétration ou au port du condom dont on ne peut pas garantir qu’il est sécuritaire à 100%. Personne ne devrait être exposé au risque d’attraper une MTS, encore moins le sida, par ignorance suite à un contact sexuel ou à la rupture d’un condom.

La Coalition juge que les droits des séropositifs doivent primer sur les droits de leur partenaires sexuels parce qu’ils sont victimes de discrimination en emploi et dans l’accès aux soins et aux services. C’est comme si on disait que les droits des bénéficiaires de l’aide sociale l’emportent sur ceux des propriétaires de logement pour cause de discrimination parce qu’ils ne reçoivent pas assez d’argent pour payer leur loyer. Même dans une relation sexuelle égalitaire à responsabilité partagée, un des deux partenaires ne devrait pas avoir à assumer la responsabilité de la condition sociale de l’autre. Pour rester dans la même analogie, ne pas révéler sa maladie parce qu’on est victime de discrimination sociale, c’est comme d’exiger d’un partenaire sexuel qu’il paye une partie de son loyer parce qu’on est plus pauvre que lui. Ça n’a aucun rapport. Si on considère comme le veut la Coalition que les partenaires sexuels sont égaux dans le partage de leur responsabilité, leurs droits doivent l’être aussi. Puisque la société évolue et qu’il faut souhaiter que la discrimination diminue, la coalition peut-elle nous dire quand les séropositifs seront obligés de dévoiler leur état? Ça m’étonnerait beaucoup qu’elle accepte de répondre à cette question. La Coalition défend aussi le droit de ne pas divulguer son état si on ne se sent pas en confiance pour le faire. C’est tellement subjectif, que je ne vois pas comment cela peut justifier le non divulgation.

Je suis étonné que la Coalition défende une femme qui n’a pas dévoilé son état dans une relation non protégée. Cela ne cadre pas tout à fait avec ses positions officielles qui portent sur la responsabilité partagée des partenaires dans des relations protégées. J’ai la mauvaise impression que cette fois-ci, la coalition défend une femme contre un homme. C’est possible si on considère les positions sociales de l’organisme et le fait qu’il soit dirigé par une très large majorité de femmes. Je juge que dans ce cas et dans plusieurs de ses positions, l’organisme fait fausse route.